L'
Histoire de notre Maison d'hôtes débute avec
la "Via Aurélia" Gallo-Romaine...
...Et
celle des Chambres d'Hôtes actuelles commence avec
la Révolution Française!
Vous
êtes confortablement installé? Alors voici
...:
HISTOIRE
du PRIEURE et de la SEIGNEURIE ECCLESIASTIQUE de La LAUZADE,
Commune du LUC en PROVENCE, VAR ,
par
M. BAUDOIN, correspondant de
la SOCIETE D’ETUDES SCIENTIFIQUES ET ARCHEOLOGIQUES
DU VAR, Année 1958.
La
Grande Lauzade, qui contient des témoignages historiques
essentiels, se présente au visiteur sous les traits
d’un grand mas provençal : une longue succession
de fermes et de communs précède la Maison
de Maître, dont les murs, très épais,
sont recouverts, à l’extérieur, de
pierres taillées.
Au Nord de l’édifice on remarque les assises
d’une tour carrée avec traces de poterne,
ainsi que les restes d’un ancien rempart, tandis
qu’au sud se trouve l’abside crénelée
d’une église construite également
en fort belles pierres calcaires.
Dans tout cet ensemble, on reconnait une construction
du XI° et XII° siècle, mais ayant subi,
au cours du temps, plusieurs remaniements, et demeurée
en l’état actuel depuis la fin du XIX°
Nous nous trouvons sur l’emplacement d’un
ancien monastère, dans l’enceinte d’une
vieille bourgade rurale dont voici l’histoire, écrite
après étude des lieux, par M. BAUDOIN Louis
(1892-1983), historien de La Seyne, membre de la Société
des Sciences Naturelles depuis 1946, puisant sa documentation
aux sources les plus sérieuses et, en particulier,
les notes manuscrites laissées par le savant chanoine
Espitalier, ancien historiographe des Evêques de
Fréjus.
L’abondance
des monnaies frappées aux effigies de Néron,
Vespasien et autres empereurs, recueillies à la
Grande Lauzade, le grand nombre de tombes rencontrées
dans les champs, les trouvailles de multiples vestiges
(tuiles à rebord, poteries, meules, etc...) attestent
un peuplement important des lieux à l’époque
gallo-romaine: fundi avec leurs sanctuaires, vicus de
cultivateurs, le tout établi sur de bonnes terres,
dotées de sources nombreuses et proches des bois
sacrés.
Ajoutons que nous sommes ici non loin d’une grande
route de l’Antiquité, la Voie Aurélienne
qui, à une lieue, venant de Fréjus, s’infléchit
vers Cabasse.
Mais la fin de l’Empire approchait. déjà,
au III’ siècle, les Barbares du Nord avaient,
foulé le sol de la Gaule. Après la chute
de Rome, la région provençale, ravagée
par les flots successifs des invasions, voit passer, tour
à tour aux IV° et V° siècles: Vandales,
Burgondes et Wisigoths suivis, au VI° des Francs et
des Lombards. Les Sarrazins vièndront plus tard
et, pendant deux-cent cinquante ans, décimeront
nos contrées.
C’est, pendant cette triste période, que
les habitants de La Lauzade durent se réfugier,
aux heures critiques, sur une hauteur dite de «
La Magdeleine » ou de « La Retrache »,
réoccupant ainsi le vieil oppidum ligure qui, d’un
fier talus, domine de l’ouest la vaste plaine du
Luc.
Il’ faut arriver aux XI’ et XII’ siècles
pour, trouver, dans les chartes, la présence, à
La Lauzade, d’une église dédiée
à la Mère du Christ, sous le vocable de
« Notre-Dame la Dorée » (Daurata).
D’autre part il est manifeste que c’est la
même église qui recevra, postérieurement,
le nom « Sancta Maria de Laudata » (N.D. la
Louée), qui deviendra, en provençal : «
la lauzado ».
Toutes les chartes connues placent ce sanctuaire dans
le territoire, du Luc qui n’aurait, parait-il, jamais
connu d’autre temple rural consacré à
la Vierge Marie. Il appartenait, au début du XI°
siècle, à un riche notable nommé
Gunsfred, qui en fit don, en 1042, au monastère
des Bénédictins de Montmajour d’Arles.
(Acte passé dans le Monastère de Correns,
signé par le donateur qui apposa son sceau, par
ses 4 fils et 15 témoins) ce qui fait admettre
la présence, en ce lieu, d’une agglomération
rurale, probablement d’un petit village fortifié
car il figure, sous le nom de « Castrum de Lauzada
» dans le tableau des paroisses du diocèse
de Fréjus au XII° siècle.
Vers la même époque, un autre seigneur nommé
Stibleria, et Foi son épouse, et son fils, remirent
aux moines de Montmajour tous leurs biens situés
dans le terroir de La Lauzade. La donation fut, également,
signée à Çorrens et reçue
par le Prévôt Amalric et par Rostaing, moine
de ce Monastère.
Malgré des actes aussi solennels, les moines de
Montmajour virent leurs droits sur La Lauzade, contestés
par les religieux de l’Abbaye de St-Victor qui se
plaignirent à l’évêque de Fréjus,
Bertrand, lequel, en 1085, leur donna satisfaction. Son
successeur, Bérenger, consulté à
nouveau sur cette affaire, confirma. en 1099, la sentence
de son prédécesseur.
Les religieux de Montmajour, devant les décisions
prises par les deux évêques, décidèrent
de faire appel à Gibelin qui fut archevêque
d’Arles jusqu’en 1110. Ce prélat, homme
fort réfléchi et prudent, ne voulut condamner
aucune des deux parties et leur attribua, à chacune,
la moitié de l’église Ste-Marie-la-Dorée
de La Lauzade.
Cette sentence ne satisfit point les chanoines qui, malgré
la décision rendue, continuèrent à
percevoir tous les droits et bénéfices dépendant
de l’église de La Lauzade.
Afin d’obtenir justice, les religieux de Montmajour
eurent alors recours au Souverain Pontife lui-même
et ils citèrent, devant le tribunal apostolique,
les moines de l’Abbaye de St-Victor avec lesquels
ils étaient entrés en conflit au commencement
de leurs démêlés au sujet de La Lauzade.
.
Dans leur requête, ils exposèrent que l’Abbé
de St-Victor avait reçu l’église Ste-Marie-du-Luc
des mains, de laïques, à la suite même
de quelque commerce tandis qu’eux-mêmes l’avaient
recueillie des mains de l’Evêque.
Une haute décision du pape Pascal II confirma la
sentence du Métropolitain d’Arles. L’évêque
de Fréjus fut prié de la faire exécuter
dans toute sa teneur. C’est ce que se disposa à
faire, peu de temps après l’évêque
Bérenger. Nous pensons toutefois, qu’un accord
intervint bientôt entre les parties adverses car,
dans la bulle, en date du 23 avril 1113, du pape Pascal
II, l’église et la cella de N.D.-la-Dorée
sont mentionnées parmi celles qui se trouvent possédées
par le Monastère de St-Victor.
C’est, vers la même époque, que ce
dernier monastère céda l’église,
avec ses dépendances, aux chanoines du Chapitre
de Pignans comme ont peut s’en rendre compte par
la lecture de la bulle d’Eugène III, en 1152,
et de celle de Clément III, en 1188, bulles qui
confirmèrent la possession au dit chapitre.
Nous axons déjà vu qu’en 1042 il existait
un sanctuaire chrétien à La Lauzade. A ce
titre, La Lauzade possédait un prieur qui était
sous la dépendance du chapitre de Pignans et qui
assurait le fonctionnement d’un service religieux.
Ce bénéficier était imposé,
pour les décisions ecclésiastiques, pour
la somme de 13 livres et 8 sous d’or.
Les vieilles archives nous permettent de citer quelques-uns
des anciens Prieurs de La Lauzade; voici, leurs noms :
en
1128, Amélius, témoin à la donation
du castrum faite par Raymond Berenger aux chanoines de
Pignans;
de
1130 à 1440, Raymond, témoin â la
confirmation de cette donation par le fils de Raymond
Bérenger;
de 1190 à 1208, Lèger, témoin à
une nouvelle confirmation faite par Alphonse roi d’Aragon,
comte de Provence, petit-fils de Raymond Bérenger;
en 1239, Jean de Condamine, témoin à la
cérémonie de l’hommage-lige rendu
à Aix, dans l’église St-Jean, le 21
février de la même année, au comte
de Provence, par 15 archevêques, évêques
ou prévôts;
en 1246, Hugues de La Tour;
en 1415, Jean Dragonis;
en 1442, Jacques du Puget et,
en 1464, Guillaume de Pontevès.
Enfin, en 1486, le prévot de Pignans, Julien de
la Rovère, alors vice-légat à Mignon,
réunit le prieuré de La Lauzade au chapitre
de la Collégiale. A partir de ce jour, il n’exista
plus de prieur particulier; la juridiction spirituelle,
ainsi que les revenus, appartinrent au Chapitre qui se
chargea du service religieux. Cependant, en ;1501, nous
trouvons encore un prieur spécial à La Lauzade:
c’est Antoine Filholi, né au Luc, qui devint,
successivement, évêque de Sisteron, archevêque
d’Aix et mourut, en 1541, dans cette ville, â
l’Age de 102 ans.
Durant les guerres de religion qui désolèrent
la Provence, surtout à la fin du XVI° siècle,
La Lauzade eut beaucoup à souffrir. Nous présumons
que le village fut, à cette époque, passagèrement
déserté et l’exercice du culte, dans
la paroisse suspendu car, d’après Girardin,
les habitants se réfugièrent, partie au
Luc, partie à Gonfaron. Cet abandon fut précédé,
précise. l’historien Papon, d’un combat
violent et acharné entre les Razats et les Carcistes
dans la plaine que se partagent les deux communes et dont
La Lauzade occupe le bord occidental.
On voit, d’après les actes publics de cette
sombre période, en quel état furent réduits
le prieuré et l’église. Dans le procès-verbal
de la visite pastorale du 27 avril 1582, l’évêque
de Fréjus constate que l’église ne
contient plus que 3 rétables ou autels dont un
seul est recouvert de ses nappes, et qu’on y trouve
des fonts baptismaux fort anciens. Il prescrit d’y
célébrer la messe tous les dimanches et
jours de fête...
...à suivre...
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